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Posté: 14 Mai 2012, 21:16 

Le Dernier jour d’un Condamné, Victor Hugo
Préface de 1832

[…]
Qu'avez-vous à alléguer pour la peine de mort ?
Nous faisons cette question sérieusement : nous la
faisons pour qu'on y réponde : nous la faisons aux cri-
minalistes, et non aux lettrés bavards. Nous savons
qu'il y a des gens qui prennent l'excellence de la peine
de mort pour texte à paradoxe comme tout autre
thème. Il y en d'autres qui n'aiment la peine de mort
que parce qu'ils haïssent tel ou tel qui l'attaque. C'est
pour eux une question quasi littéraire, une question
de personnes, une question de noms propres. Ceux-là
sont les envieux, qui ne font pas plus faute aux bons
jurisconsultes qu'aux grands artistes.
Ce n'est pas à eux que nous nous adressons, mais
aux hommes de loi proprement dits, aux dialecti-
ciens, aux raisonneurs, à ceux qui aiment la peine de
mort pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa
bonté, pour sa grâce.
Voyons, qu'ils donnent leurs raisons.
Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine
de mort nécessaire. D'abord, - parce qu'il importe de
retrancher de la communauté sociale un membre qui
lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore. - S'il ne
s'agissait que de cela, la prison perpétuelle suffirait. À
quoi bon la mort ? Vous objectez qu'on peut s'échap-
per d'une prison ? faites mieux votre ronde. Si vous
ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, com-
ment osez-vous avoir des ménageries ?
Pas de bourreau où le geôlier suffit.
Mais, reprend-on, - il faut que la société se venge,
que la société punisse. - Ni l'un, ni l'autre. Se venger
est de l'individu, punir est de Dieu.
La société est entre deux. Le châtiment est au-
dessus d'elle, la vengeance au-dessous. Rien de si
grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas « punir
pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer. Trans-
formez de cette façon la formule des criminalistes,
nous la comprenons et nous adhérons.
Reste la troisième et dernière raison, la théorie de
l'exemple. - Il faut faire des exemples ! il faut épou-
vanter par le spectacle du sort réservé aux criminels
ceux qui seraient tentés de les imiter !
- Voilà bien à peu près textuellement la phrase
éternelle dont tous les réquisitoires des cinq cents
parquets de France ne sont que des variations plus ou
moins sonores. Eh bien ! nous nions d'abord qu'il y ait
exemple. Nous nions que le spectacle des supplices
produise l'effet qu'on en attend. Loin d'édifier le
peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibi-
lité, partant toute vertu.
[…]


En 1829, parait anonymement le Dernier Jour d’un Condamné qui présente le journal d’un condamné à mort qui raconte au cours d’un long monologue les jours qui précèdent son exécution. En 1832, Victor Hugo accompagne à la réédition de son œuvre une préface dont est tiré l’extrait étudié. Deux thèses s’y affrontent : les partisans de la peine de mort estiment qu’elle est nécessaire à la société (pour eux, elle est à la fois nécessaire et répressive), à l’inverse l’énonciateur, qui exprime la thèse soutenu par Victor Hugo, déclare la peine mort inutile et barbare.

LECTURE

Par quels procédés Victor Hugo rend-il son réquisitoire contre la peine de mort particulièrement convainquant ?

I° Un locuteur omniprésent
II° Des adversaires discrédités
III° L’implication des lecteurs

I°] Victor Hugo est à la fois l’auteur et le locuteur, il est donc particulièrement présent. Il manifeste sa présence à travers l’emploi du pronom personnel « Nous » qui suggère qu’il n’est pas seul à s’opposer à la pratique de la peine de mort. Cette 1ère personne du pluriel apparaît dans un certain nombre d’anaphore : « Nous la faisons »… Avec un rythme ternaire, « Nous nions » ; « Nous y adhérons ». Mais la première personne est sous entendu avec l’emploi du verbe « voyons », cette insistance donne plus de poids au discours. Victor Hugo manifeste également sa présence à travers l’emploi de maximes qui ponctuent le texte «Pas de bourreau où le geôlier suffit. » ; « Se venger est de l'individu, punir est de Dieu. » ; « La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d'elle, la vengeance au-dessous. »… Elles sont fondées sur des rythmes ternaires et prennent appuie sur des antithèses. Elles se caractérisent sur des termes génériques (châtiments, vengeance…). Grâce à ces maximes, d’une part Victor Hugo confère plus de poids à son discours, d’autre part, il amène le débat par le domaine de l’abstraction afin de mieux contrer les adversaires. Il arrive à contrer les arguments des partisans de la peine de mort avec des phrases affirmatives basé sur le verbe de devoir qui marque l’assurance de Victor Hugo « Elle ne doit pas « punir pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer. ». Le recours à l’italique souligne l’importance de Victor Hugo à cette formule, à l’argument péremptoire des partisans, il utilise une autre formule qui découle logiquement de son raisonnement et l’aboutissement d’un raisonnement qui reprend les arguments du partie adverse : la peine de mort empêche la récidive. La peine de mort permet à la société d’assouvir son besoin de vengeance, la peine de mort est exemplaire. Tous les arguments de Victor Hugo opposent sa propre opinion « corriger pour améliorer » de manière éducative. Victor Hugo s’implique affectivement dans le discours à travers l’emploi d’une ponctuation particulière : beaucoup de « ? » et de « ! ». L’exclamation souligne son indignation, les rythmes ternaires traduisent ses arguments, l’alliance des lieux témoignent de la combativité de l’auteur qui cherche à confronter les partisans de la peine de mort à leur propre contradictions : « Nous faisons cette question sérieusement », le rythme ternaire montre ici l’entêtement de Victor Hugo face à ses adversaires. « Ce n'est pas à eux que nous nous adressons, mais […] à ceux qui aiment la peine de mort pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa bonté, pour sa grâce. » ; L’ironie ici présente dans les deux exemples traduit le mépris de Victor Hugo pour les arguments de ses adversaires.

Or la peine de mort est au XIXe siècle une pratique communément admise, c’est sans doute ce qui justifie la force avec laquelle Victor Hugo s’implique dans son texte, s’engage et n’hésite pas à malmener ses adversaires.










II°] Des adversaires de l’auteur, i.e. tout les partisans de la peine de mort sont interpellé dès le début du texte : « Qu'avez-vous à alléguer pour la peine de mort ? », ils sont également interpellé à travers des injonctions pressantes : « qu'ils donnent leurs raisons ». D’autre part, ils sont systématiquement désigné par personnel « vous » qui contraste avec le pronom personnel « nous » qui donne l’impression de distance entre l’interlocuteur et les adversaires. L’emploi du discours directe : « Mais, reprend-on, - il faut que […] » ; « Il faut faire […] », pour rapporter les paroles de l’adversaire, donne l’impression d’un dialogue dans le texte entre Victor Hugo et les partisans de la peine de mort. Lorsque Victor Hugo introduit le discours direct, il recourt à différents procédés : soit des tirets, soit des guillemets. Ces signes de ponctuation permettent de montrer une prise de distance de Victor Hugo. Il n’adhère pas à leurs propos. Ils témoignent de la désapprouvassions de Victor Hugo et souligne le caractère polémique du dialogue. Il y a bien deux thèses qui s’affrontent à travers un dialogue fictif grâce aux questions oratoires : « À quoi bon la mort ? » ; « Vous objectez qu'on peut s'échapper d'une prison ? » ; « comment osez-vous avoir des ménageries ? », les différentes marques du dialogue, la séparation des paragraphes et la présence des tirets. Les arguments des adverbes sont fortement dévalorisant, par exemple, l’emploi du verbe modalisateur « alléguer » suggérant que tous les arguments sont des propos irrecevables, non fondées, comme s’il s’agissait de simples excuses, prétextes… D’autre part, tous les termes qui renvoient à désigner les partisans de la peine de mort sont péjoratifs : « lettrés bavards »… Ces termes sont ainsi présentés comme des « paradoxes ». Pour dévaloriser l’adversaire, Victor Hugo utilise habilement le pronom personnel indéfini « on » (l 24) pour désigner les prisonniers cet emploi est particulier car il désigne un seul prisonnier, on suggère qu’il s’agit d’un condamné à mort. Dans les trois autres emploies, le « on » (l 3 ; l 29 ; l 47) désigne les partisans de la peine de mort. On a dans ces trois emplois ce que l’on appelle, un « on » à valeur exclusive ; le locuteur ne fait donc pas partis de ce « on ». C’est encore un moyen de prendre distance avec les arguments de la thèse adverse, c’est aussi un moyen d’englober de manière subtile les condamnés à mort. Ici ce que suggère Victor Hugo, c’est que le « on » qui défend la peine de mort peut se retrouver dans la situation du condamné à mort. En conclusion, on retrouve que ceux qui sont pour la peine de mort ne sont pas mieux que les victimes de la peine de mort.

Toutefois, Victor Hugo ne se contente pas seulement de contredire ses adversaires sachant qu’il a de toute manière très peu de chance de les convaincre. En effet, il va chercher d’avantage à impliquer ses lecteurs, les indécis, ceux qui peuvent éventuellement être touché par ces arguments.


















III°] Cette préface à un double destinataire, non seulement les adversaires de l’auteur mais aussi des lecteurs pour ainsi leur partager sa thèse ou du moins essayer de les persuader. D’ailleurs l’emploi du pronom personnel « Nous » suggère que l’auteur n’est pas seul et que ceux qui partage sa thèse sont assez nombreux. Le choix d’une forme morcelée qui juxtapose les cours paragraphes permet de rendre le texte plus accessible au plus grand nombre de favoriser un temps de réflexion entre chaque argument et de donner l’impression constante de dialogue. Pour apporter l’adhésion de ses lecteurs, Victor Hugo à recours à plusieurs reprises à l’ironie, créant ainsi une complicité entre l’auteur et les lecteurs. En multipliant les sarcasmes, Victor Hugo ridiculise ses adversaires, il leur fait perdre leur crédibilité et par la même occasion, le lecteur n’a pas envi de leur ressembler. La reprise systématique de chaque argument de l’adversaire, l’emploi de certaine expression : « à peu près textuellement » (avec l’oxymore créé par l’utilisation de la locution « à peu près ») ; « des variations plus ou moins sonores » ; ou encore « phrase éternelle », souligne le caractère creux des partisans de la peine de mort. L’hyperbole « cinq cents parquets de France » suggère ironiquement que si le discours est partout le même, c’est parce que les partisans de la peine de mort manquent d’idée. D’autre part, les antiphrases à valeur de gradation « ceux qui aiment la peine de mort pour la peine de mort, pour sa beauté, pour sa bonté, pour sa grâce. » souligne l’horreur de la peine de mort à laquelle les partisans peuvent associer des termes à connotation valorisantes, ainsi la mise à mort est présentée comme un acte meurtrier. L’utilisation des termes positifs est destinée à choquer les lecteurs. L’ironie est présente également dans l’expression « le spectacle des supplices » (qui pourrait facilement s’apparenter à un oxymore) qui possède une nouvelle fois une connotation choquante, démontrant la tendance de chacun à vouloir se précipiter pour assister à une exécution. Là encore les lecteurs sont invités à régir. La stratégie de Victor Hugo est de rire au dépend de ses adversaires. L’allusion aux ménageries (métaphore) ainsi que l’injonction « faite mieux votre ronde » témoignent du caractère sarcastique du texte et invite les rieurs à se ranger du côté de l’auteur.

En conclusion, le caractère polémique de cette préface semble indéniable. Plusieurs procédés contribuent à son efficacité : l’implication affective très forte de Victor Hugo, la satire du partisan de la peine de mort mais aussi l’implication des lecteurs dans son discours. Non seulement Victor Hugo affirme l’inutilité de la peine capital mais de plus, il propose une alternative, la société doit avoir une mission éducative. Le dernier jour d’un condamné est un roman de jeunesse. Victor Hugo y affirme une conviction profonde à laquelle il n’y renoncera jamais, même après le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte et malgré les extractions commises par le nouveau régime. Malgré l’instauration du Second Empire et malgré son exile, Victor Hugo continue à clamer que rien ne justifie la peine de mort. Pourtant en 1832, comme en 1829, il fait partis d’une minorité à défendre l’abolition de la peine de mort. En effet, il faudra attendre 1881 en France, pour que Robert Badinter et ses partisans défendent à l’Assemblé national le projet d’abolition de la peine de mort et fasse adopter cette loi. Aujourd’hui à travers le monde et même à travers certain pays démocratique, le débat demeure d’activité.


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